Appel à contributions: Matrix 6(2) Matricultures préhistoriques, protohistoriques et autres matricultures anciennes

2026-10-30

Volume 6, Numéro 2 (Automne 2027)

Appel à contributions

Date limite de soumission des résumés : lundi 30 novembre 2026

 

Thème : Matricultures préhistoriques, protohistoriques et autres matricultures anciennes (Appel ouvert)

Compte tenu des avancées considérables de la recherche archéologique concernant les femmes, du développement de nouvelles techniques et méthodes d’analyse, ainsi que des nouvelles interrogations suscitées par les données qui en découlent — et au regard, par ailleurs, d’un regain d’intérêt général pour les questions de genre, dans un contexte qui reconnaît l’importance de l’archéologie en tant que science humaine — il apparaît particulièrement pertinent d’offrir aux archéologues, préhistoriens, spécialistes de l’Antiquité, et autres chercheurs un espace pour présenter et discuter des connaissances issues de ces évolutions. Pour nourrir cette réflexion, nous proposons le concept de « matriculture ».

En tant que système culturel, le concept de matriculture constitue un outil pluridisciplinaire qui permet de dépasser des postulats plus anciens. Il trouve son origine chez l’anthropologue Clifford Geertz, qui a utilisé le terme de « système culturel » pour désigner, analyser, et décrire les composantes d’un contexte culturel (traits, symboles, significations, représentations) articulées autour d’un axe central. Cet axe peut être identifié — du moins par le chercheur — comme étant commun à différentes cultures, au sein d’un même ensemble. Ces ensembles, ou systèmes culturels, qui peuvent inclure, entre autres, la religion, l’art, les systèmes de parenté ou encore les pratiques humoristiques, peuvent être considérés comme des invariants, même s’ils ne sont pas nécessairement reconnus en tant que concepts spécifiques dans toutes les sociétés humaines. Bien qu’ils varient considérablement d’une culture à l’autre, ils offrent aux anthropologues et aux chercheurs en sciences humaines un moyen d’analyser, de modéliser et de comparer les sociétés entre elles. Si les systèmes culturels sont ancrés dans des représentations mentales (visions du monde), ils se manifestent également de manière matérielle à travers les comportements humains et laissent des traces dans l’environnement. L’anthropologue Marie-Françoise Guédon a approfondi l’approche heuristique de Geertz pour définir la « matriculture » comme le système culturel propre aux femmes, à la féminité, ainsi qu’aux traits, symboles, significations et représentations qui y sont associés.

Nous vous invitons à examiner les contextes préhistoriques, protohistoriques, et antiques à travers le prisme de la vie des femmes — ce que nous nommons « matricultures ». Il s’agit, en particulier, d’analyser la manière dont les femmes s’organisent, perçoivent, et transmettent leur réalité ; comment elles ne se contentent pas de participer au monde dans lequel elles vivent, mais contribuent à le façonner en tant que système culturel à part entière. Qu’une société humaine soit matrilinéaire, patrilinéaire ou bilatérale ; qu’elle puisse être qualifiée de patriarcale ou qu’elle tende vers le matriarcat ; qu’elle place les femmes dans une position défavorable ou qu’elle leur offre une protection, les femmes y trouvent toujours des moyens de se définir elles-mêmes, leur corps, et leur environnement (y compris culturel), de tisser des liens entre elles et avec les hommes, d’articuler la signification culturelle de la différenciation sexuelle, d’explorer les implications et les modalités de la maternité, et d’exprimer leur vision du monde — ne serait-ce que parce qu’elles leur incombe de prendre soin de leurs enfants et de les initier à leur culture. Tous ces éléments s’entremêlent pour constituer le système matriculturel.

Pour celles et ceux qui en font partie — comme c’est le cas pour tout système culturel — la matriculture crée un « langage » commun permettant de décrire, d’interpréter et de réfléchir la réalité (un « modèle de la réalité »), tout en prescrivant et en façonnant les comportements (un « modèle pour la réalité »). La recherche, souvent imprégnée de visions du monde centrées sur le masculin, a fréquemment relégué la sphère de la vie des femmes au rang de simple substrat des domaines masculins. Elle a largement omis de reconnaître les dimensions matriculturales en tant que système culturel autonome, et ce, malgré l’existence de cultures où les femmes et le féminin ont pu revêtir une importance culturelle, sociale et/ou politique explicite. À titre d’exemples, les statuettes dites « déesses » de l’Europe préhistorique, le mythe de la descente d’Inanna aux enfers, la transmission matrilinéaire des biens et du pouvoir dans l’Égypte antique, ou encore les reines matriarcales des régions sino-tibétaines, témoignent du rôle central qu’ont joué les femmes au sein des cultures et sociétés préhistoriques et antiques dans de nombreuses régions du monde.

Le prochain numéro de Matrix se propose d’explorer les dimensions matriculturales des périodes préhistoriques, protohistoriques, et antiques, quelle que soit la zone géographique considérée. Nous cherchons à approfondir notre compréhension des significations associées aux notions de femme, mère, grand-mère, épouse, belle-mère, maternité, la condition féminine et/ou féminité, parmi d’autres concepts liés à la vie des femmes au sein de sociétés aujourd’hui disparues ; nous visons également, dans la mesure du possible, à mieux saisir comment ces significations influencent les comportements sociaux.

Notre revue, Matrix, s’inscrit dans un réseau international et privilégie une approche interdisciplinaire ; pour ce numéro, nous appelons à une réflexion vaste et ouverte. Les auteurs sont invités à explorer les symboles et les significations qui se rattachent aux femmes, aux mères et au féminin dans des sociétés préhistoriques, protohistoriques, ou antiques, ainsi qu’à examiner les rôles, le statut, et les comportements des femmes. Ces travaux pourront mobiliser des recherches issues de diverses disciplines, telles que l’anthropologie, l’archéologie, la génétique, la littérature, ou parmi le vaste éventail de domaines historiques : histoire de l’art, histoire culturelle, histoire du genre, ethnohistoire ou histoire religieuse, pour n’en citer que quelques-uns.

Nous encourageons vivement la présentation de créations artistiques, quel qu’en soit le support, ainsi que de réflexions personnelles sur ce thème. Les sujets de recherche possibles incluent, sans s’y limiter, les pistes suivantes — laissez libre cours à votre imagination !

  • Que disent les recherches les plus récentes sur la vie des femmes au Néolithique ?

  • Quelle était la signification de la maternité, du statut d’épouse et/ou de la transmission matrilinéaire des biens chez les peuples autochtones d’Australie avant la colonisation britannique ?

  • Exploration des définitions celtiques et/ou druidiques de la femme et/ou de l’homme, et de la manière dont ces identités s’exprimaient dans les mythes, la poésie ou la littérature.

  • Études bibliographiques sur les connaissances relatives aux « matricultures » durant le Mésolithique en Afrique, en Europe ou en Asie.

  • Quels étaient les droits de propriété des femmes en Perse ou dans d’autres sociétés d’Asie occidentale avant l’arrivée de l’islam, et comment cette question était-elle abordée au sein de ces cultures ?

  • Quelles activités religieuses ou rituelles favorisaient la participation des femmes aux cercles d’élite durant le Mésolithique ou le Néolithique ?

  • Exploration du rôle des femmes au sein des royaumes andins, puis de l’Empire inca. Sont-elles, par exemple, représentées dans l’iconographie religieuse, les rituels funéraires ou les vestiges archéologiques ? Si oui, de quelle manière ?

  • Existe-t-il de nouvelles avancées dans la compréhension des représentations féminines au sein de l’art pariétal du Paléolithique supérieur européen ? Ou concernant la participation des femmes à la réalisation de ces peintures et aux rituels associés ?

  • La sphère domestique est-elle toujours considérée comme une constante dans la vie des femmes à la Préhistoire, à la Protohistoire ou dans l’Antiquité ? Par exemple, on considère souvent que les femmes, dans la Grèce antique, étaient confinées à la sphère domestique, pour ainsi dire prisonnières de leur foyer. Cette idée est-elle confirmée ? Existait-il des exceptions et, le cas échéant, comment étaient-elles perçues ?

  • Quel a été le rôle des femmes dans la domestication des animaux et des plantes ? Par exemple, étant donné qu’il est fortement suggéré que les femmes consommaient davantage de végétaux et moins de protéines animales que les hommes, auraient-elles pu être plus directement impliquées dans la domestication des céréales et d’autres plantes ? Les enseignements du Bouddha ont-ils modifié la conception de la « femme » chez les populations d’Asie du Sud durant les premiers siècles de leur diffusion et, si tel est le cas, de quelle

    manière ?

  • Devrions-nous revoir notre compréhension de certains systèmes de parenté — ou systèmes de filiation — propres aux peuples autochtones d’Amérique du Nord ?

 

Soumission par courriel : veuillez faire parvenir un résumé (200 mots maximum) ainsi qu’une courte biographie (50 mots) à Linnéa Rowlatt, directrice de la rédaction, à l’adresse lrowlatt@networkonculture.ca, ou au collectif éditorial de Matrix: une revue d’études matriculturelles à l’adresse info@networkonculture.ca, en indiquant en objet : « Matrix 6:2 soumission de résumé ».

 

Date limite pour la soumission des résumés : lundi 30 novembre 2026.

 

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